Tony Hymas, que l’on retrouvera à Sons d’hiver avec Ursus Minor, sort ce 30 janvier un cd en trio avec les Bates Brothers de Minneapolis, Blue Door.
Premier morceau du cd, une reprise de “Avec le temps”. D’emblée, l’écoute est posée sur l’intime et son émotion. La mélodie de Léo Ferré est d’abord jouée sur une note comme un enfant peut pianoter “Au clair de la lune”. Ce premier moment musical évoque notre fragilité face aux sentiments irrémédiablement bouleversants que nous devons accepter et apprivoiser.
La porte bleue, “Blue Door”, est alors ouverte sur l’aspect nocturne de notre vie émotionnelle. “Blues for Garland” évoque la mémoire du pianiste Red Garland.
Deux autres pianistes sont aussi honorés : Errol Garner et Phineas Newborn. Trois inclassables de grande classe. Trois pianistes prodigieux dont l’art ne cesse de se promener dans des zones indécises du sensible sans s’apparenter à une quelconque école ou à un courant d’avant-garde. D’où le risque de les voir sombrer dans l’oubli : Avec le temps va, tout s’en va…
Ce qui se joue avec la musique, c’est cette lutte contre la perte… La perte de notre sensible, de l’affect qui transmet si bien l’état émotionnel de notre être… : “Le langage atteint son plus haut degré de pauvreté lorsqu’il veut saisir ou communiquer les nuances, domaine où la musique, elle, est extrêmement efficace et expressive ?”. Théodore Reick, Écrits sur la Musique
C’est ainsi que Tony Hymas et ses deux complices déploient à travers des morceaux très différents, tous issus du répertoire de Hymas, une palette de propositions d’une infinie richesse. Le piano est l’instrument type de la virtuosité dans notre culture européenne. Le pianiste de jazz s’en inspire même si le blues, élément perturbateur vivifiant, vient tendrement bousculer tout cet agencement. Tony Hymas s’amuse alors à nous bercer en nous chantant d’une voix chaude un blues à la Tom Waits au rythme basiquement “boogie”.

Tony Hymas, en concert le 11 février à Vitry-sur-Seine avec Ursus Minor




