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Les concerts de Angelo Debarre et de James Carter vus par Maxime Bazin, élève de l'Edim.

Ces deux concerts de la soirée du 20 janvier 2017 au Théâtre Romain Rolland de Villejuif étaient placés sous le signe de l’arrivée du Jazz en France et tout particulièrement de Django Reinhardt, pionnier du Jazz « Manouche » et l’un des musiciens français les plus connus et reconnus du 20e siècle. Pour illustrer cette musique, deux groupes d’artistes aussi différents que complices vont se succéder sur la scène, le Gipsy Unity Quintet d’Angelo Debarre et l’Organ Trio de James Carter.

Après une brève et précise introduction du directeur du festival, le Quintet d’Angelo Debarre est le premier à entrer sur la scène épurée, style « plateau de cinéma ». Le leader lance le concert en solo. Tout de suite nous pouvons apprécier le son du Maître, repris acoustiquement et électriquement via un micro installé sur la guitare. Après ce préambule, tout le groupe se met en marche et le ballet des pompes commence. Il est composé de Tchavolo Hassan et Raangy Debarre aux guitares rythmiques, du contrebassiste William Brunard et du violoniste Marius Apostol. A partir de cet instant, ce premier concert va être un enchainement de compositions personnelles du groupe et de standards du répertoire de Django.

Interprétés de façon magistrale par l’ensemble, les morceaux se révèlent être un mélange d’émotions délicates suivies de thèmes d’une virtuosité incroyable repris à l’unisson par Angelo Debarre et Marius Apostol, qui se partagent d’ailleurs l’essentiel des improvisations au sein des titres. Le phrasé très staccato du violoniste se mélange avec le legato et les arpèges du guitariste au cours de « 4/4 » endiablés ou les citations fusent (Piaf, Gershwin, Mozart…). Les deux comparses se permettent au milieu du concert un long moment guitare/violon d’inspiration classique où la virtuosité atteint des sommets.

Ce qui frappe, c’est la parfaite osmose entre le feeling incroyable des musiciens et la technique parfaite qui permet une exécution de leurs idées musicales à couper le souffle. Le tout assuré par le groove imparable et impeccable de William Brunard (qui prend d’ailleurs quelques solos remarquables durant le concert) et des guitares rythmiques. Après un rappel sur un morceau de Django, le concert se termine et lance la soirée de la meilleure des manières.

La deuxième partie de soirée commence avec l’entrée en scène du trio de James Carter. Le saxophoniste arrive sur scène, accompagné de trois instruments – un soprano, un alto et un ténor – qu’il jouera en alternance tout au long du concert, c’est ensuite le tour de Gérard Gibbs à l’orgue Hammond B3 et d’Alex White à la batterie.

Après une rapide présentation des musiciens et une petite explication du répertoire, le public est conquis par la décontraction et la bonne humeur communicative de James Carter ainsi que par l’amitié qui semble fortement souder le trio. Ce concert sera une interprétation Soul Jazz teintée du son Urban Groove cher aux américains, de titres choisis dans le répertoire de Django Reinhardt.

Le premier morceau se termine sur une longue note tenue du saxophoniste qui maitrise parfaitement la technique du souffle circulaire. Cette technique permet à l’artiste de phraser en s’accommodant de la prise d’air nécessaire aux soufflants en général. Le public est complètement mystifié par cette note qui semble interminable, puis qui se transforme en un déluge de notes et de cris, de rugissements en tous genres, chaque registre du saxophone est malaxé, torturé, il passe du grave au suraigu en une fraction de seconde. La pâte caractéristique de James Carter, c’est cette énergie quasi « bestiale », ce « Django Unchained » si bien décrit par l’intitulé du spectacle, qui termine chacune de ces improvisations. Ce qui frappe, c’est l’énergie collective développée par le trio qui danse et bouge constamment durant leurs interprétations.

Le tout fonctionne parfaitement car il est encadré par un duo à l’affût et à l’écoute des moindres nuances de son leader, en faisant vivre l’interplay nécessaire à l’exécution de cette musique. Les improvisations de Gérard Gibbs, tout en légèreté et petites mélodies ponctuées des exclamations de son auteur (on croirait entendre du gospel), apportent un contraste saisissant avec l’énergie débordante et excentrique de James Carter, qui d’ailleurs profite de ces instants pour changer les anches martyrisées de ces instruments.

A la fin, le public est définitivement conquis et en redemande.

Maxime BAZIN, élève à l’EDIM, guitariste.