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Dorian Flipo nous parle du concert de Jaimeo Brown Transcendence, le 15/01

Jaimeo Brown / Chris Solar

Par un dimanche après-midi neigeux du mois de janvier, qu’il est bon de se laisser transporter dans un voyage musical au Théatre Paul Éluard de Choisy-le-Roi, et cela grâce au projet Transcendence. Essayons d’associer des mots aux ressentis laissés par ce voyage impressionniste.

Etonnamment, le concert s’ouvre par la projection du dernier clip en date du trio de Jaimeo Brown : be so glad. Nous n’aurons pas droit à la représentation en live de ce morceau dont les premières secondes annoncent parfaitement la couleur du concert : un sample de worksong rythmé par un bruit de pioche régulier et des souffles de vent. C’est sur ces fondations que le morceau prend forme, la vidéo prend vie, et un long solo de saxo met fin à cette courte projection de mise en bouche. Les musiciens rentrent alors discrètement sur scène couverts par une nappe sonore ne permettant aucun applaudissement perturbateur. Sur l’écran de projection, on lit « TRANSCENDENCE ». Nous découvrons alors un paysage aux teintes sépia, la rivière du Nil, une barque, un enfant, des éléphants… Le tout en slow-motion. C’est ainsi que débute un flux continu d’images et de musique, orchestré par un trio porté par le batteur et producteur Jaimeo Brown, tout droit issu de la scène hip-hop.

Les ingrédients ? Des samples historiques de chants venus des quatre coins du monde – worksongs – en partie retravaillés et intégrés à des nappes sonores orchestrées par le synthé et la guitare de Chris Sholar. Quelques riffs parsemés de magnifiques lignes de saxophone, le tout mené par la batterie nuancée de Jaimeo Brown.

Au milieu du concert, une recette impressionnante : un riff simplement composé de trois notes joué à la guitare et au saxophone, qui ne sera autre que l’accord des trois toms de la batterie de Jaimeo Brown. S’ensuit un solo de sax coloré d’un delay et d’une longue reverbe que Jaleel Shaw contrôle parfaitement grâce à ses pédales. Ce solo sonne tel un chant a capella qui se perdrait dans une grande église. Le solo respire, les phrases se lient entre elles ; la suivante enrichit la précédente de quelques notes, de nouveaux rythmes, accompagnés d’envolées au goût de free jazz, qu’on ne peut parfois plus suivre réellement, mais qui restent cohérentes dans l’esprit d’une initiation à la transe.
Ce solo fait guise d’une longue transition amenant le morceau suivant, un nouveau thème et de nouveaux samples lancés par un pad électronique. On regrettera cependant certaines parties dans lesquelles le sax est difficilement perceptible lors des forte de batterie (apogée d’un envol et d’une longue progression).

A l’image, du mouvement perpétuel dans des paysages de désert africain, de temple tibétain, d’Egypte. Des mouvements de danse et de baignade, l’humain est mis en scène au milieu de la faune (éléphants et léopards). Un jeu de distances entre la vidéo et la musique se déroule tout le long d’une heure trente de musique. Ces deux éléments peuvent être liés - la main d’une danseuse indienne se lève au moment d’un frisé de cymbale – ou éloignés car parfois, la musique perd une certaine cohérence avec l’image. L’art du calé et du décalé ; la magie de l’instinct. Un patchwork entre musique et images, un patchwork venu de traditions ancestrales, autant égyptienne que new-yorkaise ; finalement un véritable concert New Age d’un nouveau genre.

Une rencontre avec le public a eu lieu juste après le concert et ce fut l’occasion de poser des questions aux trois musiciens, tous trois très réceptifs. Le trio nous explique que les worksongs sont avec les spirituals, les premières musiques apparues en Amérique. Les worksongs sont des chants qui avaient pour but de transcender le dur labeur des esclaves. Cependant, ce live mettait en avant surtout une dimension spirituelle, qui laisse libre cours à la méditation. Beaucoup de questions concernaient la vidéo soulignant le rapport tenu de l’homme et la nature. Finalement, quelque soit notre religion, notre travail, notre musique, nous appartenons tous à une cette même communauté qui n’est autre que la nature.

Par Dorian Flipo, guitariste, élève en DEM Jazz