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À LIRE. Sylvain Luc et les frères Chemirani par Dara Nabati

Photo - Levy-Stab / Jacques Thomas

Par Dara Nabati (Elève en DEM Jazz/EDIM) 

"Dans ce trio original, Sylvain Luc se fait accompagner de deux percussionnistes d’origine Iranienne : les frères Bijan et Keyvan Chemirani. L’affiche, en contraste avec la programmation habituelle du festival, a de quoi surprendre.

C’est Bijan Chemirani qui entame le concert. Muni d’un saz il enregistre une boucle d’accompagnement sur une mesure à cinq temps, qui va durer tout le long du premier morceau. Là-dessus viennent s’ajouter les percussions des frères Chemirani. Quelques cymbales, une ou deux caisses, mais c’est essentiellement des instruments Iraniens qui composent leur attirail. C’est sur cette nape délicate et quasi-intemporelle que Sylvain Luc vient les rejoindre. Il utilise sur ce premier morceau une guitare électro-accoustique, cordes nylon, à la sonorité étonnamment proche d’un instrument oriental tel que le saz. Son jeu est souple et rythmique, son phrasé est à la frontière des styles : les sonorités orientales dominent mais sont constamment teintées de jazz, blues, flamenco ou même de rock. 

On note, sur deux morceaux, l’utilisation par Sylvain Luc d’une guitare électrique et d’un pédalier, permettant au trio d’opérer un appréciable changement de ton, et de s’écarter temporairement de la musique traditionnelle perse. Sylvain Luc y trouve d’avantage d’amplitude, notamment grâce à l’utilisation d’une pédale d’octave, ou d’un sound retainer, mais y perd peut-être un peu en chaleur. 

Les deux percussionnistes impressionnent par leur dextérité, par la finesse et la justesse de leur toucher, et par leur entente parfaite. Celle-ci s’illustrant le mieux lorsque, l’espace d’un morceau, ils se retrouvent dans un captivant duo de zarb sans cesse coloré de nouvelles sonorités selon la manière de frapper, toucher, gratter, la peau ou le bois de l’instrument. On en vient presque à regretter que Sylvain Luc soit la plupart du temps au premier plan, les plaçant dans un rôle d’accompagnateurs les mettant forcément moins en valeur. 

Les trois musiciens semblent ravis de jouer ensemble, et le public est conquis (jusqu’à rappeler les musiciens sur scène une seconde fois). Certains pourront toutefois questionner ce qui relie cette musique à la tradition du jazz, qui n’est ici clairement pas le style prédominant."