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1917-2017, le souffle continue !

L’année 2017 sera celle des 100 ans de l’arrivée du Jazz en France. Débarqué au port de Brest avec le 369e régiment d’infanterie américain, le Brass-Band afro-américain dirigé par James Reese Europe jouera les premières notes de « syncopated music » sur le sol français le 27 décembre 1917 faisant immédiatement sensation. « Syncopated Music » ou « Rag Time » ou « Jazz », n’oublions jamais que de nombreux musiciens afro-américains ont toujours récusé le terme de jazz. Sidney Bechet le premier. Reste qu’après 1917, la musique ne fut plus la même en France et en Europe.

Cette 26e édition de Sons d’hiver se devait d’ouvrir le bal des festivités… en aucun cas célébration solennelle, rigide ou sentimentalo-nostalgique. La musique créative qui se joue aujourd’hui est le plus bel hommage à cette année 1917.

Ernest Dawkins, saxophoniste compositeur de Chicago, membre de l’AACM, retournera aux sources de cette impulsion nouvelle par un hommage à James Reese Europe avec son projet Propaganda Nabaggala "1917" dans une conception résolument moderne inspirée de la Great Black Music associant instruments acoustiques, électro et hip-hop, vidéo. Deux autres soirées évoqueront ce moment de la rencontre du jazz et de la France. La première, consacrée à Django Reinhardt (avec Angelo Debarre et l’Organ trio de James Carter), la seconde à Sidney Bechet (avec Matt Wilson et Archie Shepp, musicien légendaire de l’épopée du jazz, pour qui Bechet est une référence essentielle

// Extrait des mémoires de Noble Sissle, chanteur de jazz de la fanfare du 369e régiment d'infanterie :

" Sans autre incident que ceux de l'ordinaire de la vie de soldat, c'est le 1er janvier 1918, dans les tourbillons et les rafales aveuglantes d'une tempête de neige pareille à celle que nous avions connue en quittant New York, que nos troupes se ruèrent par-dessus le bastingage du brave « Pocohantas », accueillies par les hurlements des sirènes et les bravos des marins français qui manoeuvraient le chaland sur lequel nous étions transbordés. Voila comment nous avons touché terre, dans le port de Brest, première unité noire américaine combattante à fouler le sol de France.

Alors que le matériel de musique volumineux aurait dû être acheminé en principe dans des malles ou des caisses à l'épreuve des chocs, ce qui aurait nécessité d'attendre son déchargement avec le reste de la cargaison, le colonel Hayward avait donné l'ordre à la formation de conserver ses instruments et à peine était-elle à terre que l'ordre est tombé de jouer.

Le premier air sélectionné par Lt Europe était la Marseillaise. La première note émise, les marins et les soldats français qui étaient dans les parages ne parurent guère identifier les cadences de leur hymne national. Au début nous fûmes perplexes devant l'absence de réaction des Français et le fait que personne ne se mît au garde à vous, comme il est de rigueur quand un soldat entend son hymne national. Mais soudain, après que l'orchestre eut joué huit ou dix mesures, une expression de stupéfaction apparut sur leurs visages, suivie instantanément d'un garde à vous et de saluts martiaux impeccables.

Ce n'est que bien plus tard que nous avons compris pourquoi les Français avaient été si lents à se mettre au garde à vous. Et seulement en entendant les Français exécuter leur air national. C'était comme un hymne joué à l'orgue, leur interprétation, et ça nous a pris quelques secondes pour nous rendre compte que l'orchestre français jouait la Marseillaise. En tout cas, après avoir joué notre hymne national et la Marseillaise en maintes de circonstances, nous avons vu qu'une interprétation guerrière, rythmée, inspirée, des hymnes nationaux plaisait aux Français. En fait, ça les transportait à un degré bien plus haut que ne le faisaient leurs propres orchestres. C'était l'interprétation inhabituelle de leur hymne qui expliquait le retard des soldats et des marins français à se mettre au garde-à-vous..."

(Source : www.wiki-brest.net)