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Thu, 11 February 2016

A propos du concert du 11/02 par l'EDIM

Vu par Abel Pàmies Gutiérrez. Guitariste. Élève en DEM jazz. ¡Ole! ¡Que arte! ¡Con sentimiento! Des expressions qu'on a beaucoup entendues pendant le spectacle. Quand on parle de flamenco, on parle de sentiment, d'art et des émotions qui viennent de la part la plus profonde de notre intérieur. Dès le début, on a ressenti ce partage constant de ceux qui donnent et de ceux qui reçoivent.

Miguel Ángel Cortés

Lors de la première partie du concert, une lumière illumine le milieu de la scène, Miguel Ángel Cortés, assis, joue, les yeux fermés. Ce célèbre artiste qui amalgame la technique de la virtuosité de la guitare flamenca et l'expression plus pure. Il est impressionnant de voir sa maîtrise du son, comme il gérait la nuance pour transmettre tout ce qu'il voulait dire dans cette atmosphère intimiste. Je crois vraiment que je ne suis pas le seul à qui une larme est tombée après avoir vu tant de maîtrise et passion. Cette partie a fini avec l'accompagnement au «cajón» pour José Fernández. On peut se rendre compte du dialogue constant entre guitare et "cajón", une interaction comme on a l'habitude d'entendre dans les grands improvisateurs du jazz, jeu de regards, complicité et écoute réciproque.

Esperanza Fernández

Le rideau se lève, la danseuse Ana Morales accompagnée par Miguel Ángel Cortés à la guitare, commence, l'expression hiératique, à mouvoir ses bras lentement au rythme de la musique, comme une marionnette en porcelaine qui suit les intentions de son maitre. La danse va in-crescendo en même temps que la musique, de derrière les coulisses, Esperanza Fernández avec sa tunique blanche, apparaît en chantant, une énergie débordante inonde la salle, la danse suit cette énergie avec la forme de la danse flamenco, classique et contemporaine à la fois.
Tout le concert se déroule avec des petits changements de lumière, selon les besoins symboliques de chaque chanson, ce que stimule le rapport entre ceux qui écoutent et ce qui jouent ou qui chantent.
Alors, dans cette ambiance chaque parole rentre dans nos corps comme des épines et voilà que nous découvrons que ça c'est le but du flamenco, arriver jusqu'aux entrailles et les remuer. Esperanza met en scène l'attitude de la vraie "cantaora" (chanteuse) du flamenco, exubérant, confiante, gitane, souriante, mais avec un chant plein de douleur, de rage et aussi de joie.
Le naturel, l'humour et le charme authentique de cette chanteuse spectaculaire l'ont rapprochée du public en quelques minutes à peine, on peut dire qu'elle a "duende" (avoir "duende" : expression très connue dans le monde du flamenco. Pourrait être une similitude à avoir une âme.
C'est le sentiment de l'artiste transformé en art pur. Son talent frôle la perfection, c'est quelque chose de magique et d'authentique).
Elle crée un lien entre elle et les musiciens, la guitare répond avec "falsetas" les appels du chant ("falseta" : phrase musicale que le guitariste exécute pendant les pauses du chant), tandis que les "palmas" maintiennent le "compás" (rythme et connaissance du contexte musical) et la danse qui sert aussi comme instrument avec le "zapateado" qui marque le "compás". Après une énergique "buleria" qui annonce la fin du concert, Esperanza réapparait pour chanter a capella Djelem Djelem (hymne de la communauté Rom) moment très émotif, on peut voir et entendre également toute sa puissance, question de souffle, de vibration, "De lo jondo y verdadero", on ne peut pas trouver meilleure définition pour ce spectacle qui a pénétré dans le profond de nos émotions avec l'interprétation plus sincère des artistes, tout nous montrant le véritable art du flamenco.