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Tue, 02 February 2016

A propos du concert du 2/02 par l'EDIM

Vu par Guillaume Burkhardt. Contrebassiste, élève en DEM Jazz. Etant contrebassiste, j'ai fait le choix de cette soirée car c'était celle qui avait la plus grande ‘teneur en contrebasse : avec d'un coté Joshua Abrams et Guillaume Seguron pour The Bridge, et de l'autre Hilliard Greene dans le quartet de Jemeel Moondoc, cela faisait 3 contrebasses pour deux concerts, plutôt une bonne affaire donc !

Jemeel Moondoc Quartet

Etant contrebassiste, j'ai fait le choix de cette soirée car c'était celle qui avait la plus grande ‘teneur en contrebasse : avec d'un coté Joshua Abrams et Guillaume Seguron pour The Bridge, et de l'autre Hilliard Greene dans le quartet de Jemeel Moondoc, cela faisait 3 contrebasses pour deux concerts, plutôt une bonne affaire donc !

Le Jemeel Moondoc Quartet ouvre donc la soirée avec une sorte de blues free, où les lignes de basse finalement assez orthodoxes de Green gardent la forme traditionnelle du blues, tandis que les envolées des autres instrumentistes la mettent en danger et la malmènent, ce qui produit une tension intéressante.
Le deuxième morceau est pour moi le meilleur moment de la soirée : il commence par de lents volutes pianistiques dans lesquels Jemeel Moondoc fouille avec son saxophone, à la recherche d'une mélodie (ou d'une harmolodie ?) tendue, anxieuse, mélancolique, appuyée par le jeu d'archet du contrebassiste, et le résultat, convainquant, m'évoque une rencontre entre le Debussy impressioniste de « Cloches à travers les feuilles » et l'ambiance d'attente tourmentée du « Lonely Woman » de Ornette Coleman.
Autre image mémorable de ce concert, Hilliard Greene qui dans les moments les plus tempétueux, semble s'accrocher à sa contrebasse comme au mat d'un radeau battu par les flots...

En revanche, le concert de The Bridge #11, réseau transatlantique qui réunit chaque année des improvisateurs venus de France et des Etats Unis, et dont la formation de l'année passée m'avait beaucoup plu, m'a quelque peu déçu. Tout commençait pourtant sous les meilleurs auspices, le batteur installant une atmosphère mystérieuse et hypnotique avec un groove de piano à pouce qui m'évoquait des scènes provenant de lointaines tribus africaines.
Malheureusement à moins d'être passé à coté du concept, le reste n'aura été pour moi qu'une alternance de moments de furies sonores et d'accalmies temporaires, intéressantes certes mais lassantes par leur récurrence et au final irritantes quand on ne parvient pas à en comprendre l'objet. Quel était le sens de tout cela au final ? Peut-être y en avait il un, mais je n'ai rien vu ou entendu de plus qu'un jeu autour de la dynamique (fortissimo/pianissimo/fortisissimo etc etc), qui m'a paru au final trop répétitif et vain à mon gout pour m'enthousiasmer.
Au final, je n'avais qu'une envie à la fin de la soirée : retourner à mes albums de Mingus où la rage, quand elle s'exprime, a d'autant plus de portée qu'on en comprend les origines.
Autre motif de déception, la formule à deux contrebasses, pourtant intéressante, aurait pu être plus et mieux exploitée. Au final, les deux musiciens n'ont jamais dépassé leur rôle traditionnel d'accompagnateurs, se plaçant constamment en support des barrissements des soufflants, sauf lors du rappel, où à la toute fin les deux contrebasses étaient à deux doigts de tisser des mélodies, ce qui a d'ailleurs signifié la fin du concert, et un peu plus de frustration de ma part, comme si les musiciens préféraient s'arrêter de peur d'être pris en ‘flagrant délit de mélodisme'. Je pars donc de ce concert avec deux questions, et c'est déjà ça : est-ce que le barouf doit forcément être ‘justifié' ? Et est-ce qu'une musique qui s'interdit toute mélodie peut vraiment se considérer ‘libre' ?
Les réponses à ces questions sont forcément subjectives. Je pense avoir trouvé les miennes.