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Thu, 07 January 2016

A propos du concert du 30/01 par l'EDIM

Vu par Robin Fons, Pianiste. Elève en DEM Jazz à l'EDIM. C'est un trio d'exception qui ouvrait la deuxième soirée du festival Sons d'hiver ce 30 janvier. En effet, le batteur-percussionniste Hamid Drake y partageait la scène avec la chanteuse Dee Alexander et un deuxième batteur-percussionniste, Michael Zerang. J'avais eu l'occasion d'être ébahi par le jeu du premier l'année dernière en compagnie de Peter Brötzmann et de William Parker. C'est donc avec beaucoup de curiosité que j'attendais cette occasion de le revoir.

Vu par Robin Fons, Pianiste. Elève en DEM Jazz à l'EDIM

Dee Alexander/Hamid Drake/Michael Zerang
C'est un trio d'exception qui ouvrait la deuxième soirée du festival Sons d'hiver ce 30 janvier. En effet, le batteur-percussionniste Hamid Drake y partageait la scène avec la chanteuse Dee Alexander et un deuxième batteur-percussionniste, Michael Zerang. J'avais eu l'occasion d'être ébahi par le jeu du premier l'année dernière en compagnie de Peter Brötzmann et de William Parker. C'est donc avec beaucoup de curiosité que j'attendais cette occasion de le revoir.

Dee Alexander/Hamid Drake/Michael Zerang

C'est un trio d'exception qui ouvrait la deuxième soirée du festival Sons d'hiver ce 30 janvier. En effet, le batteur-percussionniste Hamid Drake y partageait la scène avec la chanteuse Dee Alexander et un deuxième batteur-percussionniste, Michael Zerang. J'avais eu l'occasion d'être ébahi par le jeu du premier l'année dernière en compagnie de Peter Brötzmann et de William Parker. C'est donc avec beaucoup de curiosité que j'attendais cette occasion de le revoir.
Le concert commence en duo, Dee Alexander laissant le temps aux deux batteurs d'installer une ambiance faite de frottements, de rebonds, de percussions. Un dialogue rythmique monte doucement en intensité et a tôt fait de nous captiver avant même qu'on ait entendu le trio au complet. La chanteuse de Chicago apparaît d'un pas tranquille à la fin de cette improvisation et le groupe ne tarde pas à enchaîner sur une version magnifique d'un thème de Thelonious Monk (dont je suis malheureusement incapable de retrouver le nom). Dee Alexander nous gratifie d'un solo puissant et à la fois d'une grande douceur. Le cadre est posé, on sentira le concert durant cette force tranquille et détendue et cela au-travers des nombreuses traditions musicales que ces musiciens vont jouer. On sent l'influence du jazz bien sûr mais aussi, et en grande partie, de différentes musiques africaines, de la musique caribéenne, du gospel... De manière générale, un esprit de spiritualité très fort se dégagera de l'ensemble du concert, la musique du trio apparaissant en quelque sorte comme un hommage inventif à l'ensemble des musiques originaires du Continent africain.
L'osmose est parfaite au sein du trio pourtant certainement créé pour l'occasion. A aucun moment l'ombre de ce qui pourrait passer pour des contradictions est perçue entre eux trois. On sent que ce sont des musiciens aux oreilles grandes ouvertes, réagissant avec beaucoup de finesse à chaque événement musical. Il faut dire que Dee Alexander peut, du fait d'une impressionnante maîtrise technique, dialoguer parfaitement à son aise avec ces deux comparses. Elle passe d'imitations d'instruments (trombone, contrebasse...) à, par exemple, de petites cellules rythmiques qu'elle répète en inspirant et cela sans oublier un timbre toujours très chaleureux, dans des aigues très ronds comme dans les très graves.
Et quel accompagnement de la part d'Hamid Drake et de Michael Zerang ! Il est clair qu'ils se sont donnés des rôles respectifs, au premier de jouer les claves, les « grooves » tandis que le second donne plus l'impression de broder de petits motifs autour, comme un habillage délicat. De la même façon que Dee Alexander montre une aisance totale avec sa voix, les deux batteurs exploitent toutes les facettes de leur instrument et nous offrent une très large palette de couleurs sonores. Un des moments particulièrement fort de ce concert fut le morceau qu'ils ont joué, l'un au tambour sur cadre, l'autre au doumbek, dans une atmosphère particulièrement envoûtante.
Enfin, le plus frappant dans ce concert était sûrement l'immense générosité avec laquelle ces trois musiciens nous offraient et s'offraient cette musique. Le plaisir qu'ils prenaient à jouer, à se répondre était ainsi extrêmement communicatif. De cette façon, ils ont rappelé l'idée selon laquelle ce genre de musique vivante et ouverte à la fois ne prend tout son sens qu'en live, au-travers d'un moment de partage collectif.

Mulatu Astatké

Après une pause d'une quinzaine de minutes, c'est au tour de Mulatu Astatké et de son Step Ahead Band de monter sur le plateau. Très vite, on retrouve ce son chaud et enveloppant si caractéristique de ses compostions. Etant un fan inconditionnel de sa musique, je me réjouissais de le revoir sur scène mais je dois reconnaître que j'avais une légère appréhension à l'idée d'entendre exactement le même set que la fois précédente. Au final, bien qu'ils aient joué globalement les mêmes morceaux (ses « classiques », Yekermo Sew, Yegelle Tezeta, Yekatit et quelques autres plus récents comme The Way to Nice, j'ai été surpris presque à chaque fois d'entendre un nouvel arrangement, parfois très différent de ce que j'avais pu écouter auparavant. L'exemple le plus marquant fut celui de Yegelle Tezeta, sûrement son morceau le plus connu, qui commença par une intro improvisée au Wurlitzer. A mesure que le solo montait en intensité, les soufflants jouaient une forme de variation du thème en backs avant de finir par exposer la mélodie principale une fois le solo parvenu à son paroxysme. Sitôt terminé le thème, le morceau s'arrêta net, créant un sentiment de frustration plutôt agréable. Il m'a semblé que c'était par là une façon de nous dire : « Vous attendiez tous ce morceau, très bien, nous allons le jouer mais pas question d'en faire le moment culminant du concert ! ». En effet, Yegelle Tezeta a du durer dans les 4 minutes alors que la plupart des morceaux tournaient plutôt autour d'une petite dizaine de minutes.
Pour en revenir à la prestation dans son ensemble, j'ai été très marqué par ce mélange entre des ambiances parfois assez sombres et des mélodies très claires, qui semblent planer au-dessus de la fournaise produite notamment par le duo basse/batterie. Il y a clairement quelque chose de la transe dans la musique de Mulatu Astatké. L'accent mis sur la répétition ainsi qu'un son puissant, presque majestueux, incite à s'abandonner complètement dans la musique. L'album qu'il a enregistré avec le groupe anglais The Heliocentrics en est une belle illustration. De ce collectif londonien, on retrouvait d'ailleurs le saxophoniste James Arben et le violoncelliste Daniel Keane. L'utilisation du violoncelle méritait une attention particulière. Il jouait en effet, nombre de thèmes, ce qui apportait une profondeur particulière au son de la trompette et du saxophone. De manière générale, on sentait que l'exploitation des sonorités et des timbres des différents instruments avaient fait l'objet d'une recherche approfondie. J'ai réalisé ainsi que ces atmosphères si typiques de cette musique tenaient autant aux rythmes, aux gammes etc. qu'à un traitement très particulier du son de chaque instrument. L'utilisation des effets d'écho sur le violoncelle ou encore le mariage entre la sonorité très aérienne du vibraphone et le son brut de la batterie, des percussions et de la contrebasse étaient notamment très réussis.
Mulatu Astatké nous a montré ce 30 janvier la richesse d'un répertoire qu'il joue depuis plusieurs dizaines d'années en parvenant systématiquement à le renouveler. Nul doute que sa curiosité envers les univers personnels des musiciens dont il s'entoure n'y est pas étrangère. En effet, chacun avait à certains moments la possibilité d'exprimer un trait particulier de son jeu au sein des compositions du chef d'orchestre. Encore une belle preuve de générosité !