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Mon, 04 January 2016

Mulatu Astatké & Dee Alexander

Reconnu par Duke Ellington, puis par le réalisateur et musicien Jim Jarmush (n'oublions pas la bande originale du film Broken Flowers), inventeur de l'ethio-jazz, Mulatu Astatké vient sur le festival dans le cadre de sa tournée européenne...

Entouré d'un panel de musiciens londoniens, maîtres en groove et improvisations jazz, son Step Ahead Band, Mulatu Astatké vient nous livrer son Sketches of Ethiopia...

A voir / A écouter :

 

Mulatu Astatké dresse un pont entre divers lieux-repères du monde, comme si la connaissance des hauts plateaux d'Éthiopie - il est né à Jimma au sud-ouest de l'Oromia en 1943 - lui permettait d'envelopper d'un regard ou d'une oreille une dynamique mondiale des sons. Comme si l'ancestrale culture des rythmes d'Afrique lui donnait les clés d'un secret des provenances et origines de notre modernité contemporaine. Il aime à rappeler cette idée : « Certaines tribus forment depuis des siècles des orchestres symphoniques composés d'une vingtaine de flûtes en bambou de différentes tailles. Ils maîtrisaient les principes rythmiques utilisés dans les improvisations jazz bien avant la naissance de Charlie Parker. »

Entouré par un panel de musiciens londoniens maîtres en groove et improvisations jazz du Step Ahead Band, Mulatu Astatké joue une musique populaire et complexe, résultante fascinante d'un syncrétisme musical des plus étendus. Cette musique africaine s'appelle l'Éthio-jazz. A la fois l'inventeur de cette musique et de sa dénomination dans les années 70, Mulatu Astatké est la preuve vivante que la création musicale doit beaucoup aux hasards et mystères qui circulent secrètement dans la vie des cultures du monde.

À 20 ans, Mulatu Astatké est en Angleterre pour mener des études scientifiques, mais la musique le détourne d'emblée vers le Trinity College of Music de Londres (études de clarinette et de composition). S'ensuit un départ pour New York. Il est le premier étudiant africain du célèbre Berklee College of Music de Boston et y découvre le jazz qui parle tant à ses racines africaines.
Dès les années 60, il commence à construire un monde musical nouveau. Influence afro-cubaine, jazz, funk, Mulatu Astatké invente une nouvelle musique africaine en intégrant les apports de la musique traditionnelle éthiopienne. Ses talents, reconnus par Duke Ellington avec qui il jouera, lui permettent d'influencer toute une nouvelle génération de musiciens éthiopiens. L'Éthio-jazz est né.

Buda Records lance une collection Éthio-jazz et Jim Jarmusch, fin connaisseur de musique - les bandes sons de ces films l'attestent - découvre la musique d'Astatké et lui demande une musique pour Broken Flowers en 2004. « Il a changé le cours de ma carrière », dira Mulatu Astatké. Il est vrai qu'il acquiert alors une reconnaissance mondiale et un large public le découvre.

Avec "Sketchtes of Ethiopa", son dernier opus inspiré de Miles Davis, Mulatu Astatké nous livre une musique faite d'entremêlements musicaux étonnants. Des rythmes funk soutiennent des mélodies africaines, des grooves puissants mènent une transe collective festive tout en accueillant un solo de violoncelle. Le jeu même de Mulatu Astatké au vibraphone porte cette présence des double sens musicaux : on y entend les percussions africaines du marimba tout en y reconnaissant la modernité d'un Bobby Hutcherson. Avec comme horizon l'évocation de son pays natal et ses villes- le morceau Aznari évoque les nuits d'Addis Abeba- alors que Motherland Abay rend hommage aux ethnies du sud de l'Éthiopie.

 

Et en première partie, la "dive" Dee Alexander revient sur le festival avec les deux propagateurs de rythmes, les batteurs Hamid Drake et Michael Zerang. S'inscrivant dans la filiation de Sarah Vaughan, Dinah Washington, d'Ella Fitzgerald, Dee Alexander sait tout faire avec sa voix. Siffler, souffler, susurrer, scatter... et "imiter" le chanter des oiseaux.

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