... qui vit naître mon père et où vécurent mes grands-parents.
Mais ne parlons pas de moi.
(IVRY-SUR-SEINE, le 16 février 2012)
AMARCO TRIO/ Claude Tchamitchian, Vincent Courtois, Guillaume Roy.
Une Rolls. Une Rolls fantasmée, toutes portières battantes, sur laquelle une Victoire de Samothrace mutine se balade à cloche-pied sur le capot. Une Rolls sur une route en lévitation, se couchant dans un virage relevé pour frôler le son “classique”, prendre de la vitesse et aller s’encanailler au virage suivant du côté des cordes-soeurs cornaquées par William Parker dans « Alphaville Suite » (1).
Road movie mauve et mouvant. Emouvant.
ENTRACTE /
Zool Fleischer vient me saluer : « Michel Edelin ! Comment vas-tu ? ». Mon voisin se tourne vers moi : « Vous êtes Michel Edelin ? J’ai tous vos disques ! Aaaah ! Ce concert avec votre trio, Steve Lehman et Nicole Mitchell, il y a … deux ans ? trois ans ? … déjà ?... comme le temps passe … une merveille ce concert !... ». Paroles suivies d’autres laudes qui ont pour effet de gonfler mon ego et d’abattre mes défenses naturelles. C’est alors que je soupçonne Fabien Barontini de machiavélisme en ayant placé sur le siège voisin du mien un comparse travesti en spectateur ordinaire car, exploitant cette faiblesse passagère et vraisemblablement programmée, il bondit jusqu’à ma hauteur – rang E – et me dit :
« Accepterais-tu d’écrire quelque chose sur cette soirée pour le blog du festival ? ».
Il y a de nombreuses années le célèbre rédacteur en chef d’un magazine de jazz m’avait proposé de tenir une chronique régulière dans son journal. J’avais repoussé son offre m’étant promis de ne pas parler publiquement de la musique des autres tant que je serais en activité.
Résolution béton, promesse tenue ….
… jusqu’à aujourd’hui… car c’était sans compter sur l’épidémie de campagne électorale régnant actuellement sur notre beau pays … je crains de ne pas avoir échappé à la contamination… alors, les promesses …
Mais ne parlons pas de moi.
CRESCENDO IN DUKE/ Benoît Delbecq, Tony Coe, Tony Malaby, Antonin-Tri Hoang, Jean-Jacques Avenel, Steve Arguëlles.
Intro. Piano solo par Benoît Delbecq.
Hommage à Ellington et clin d’œil inattendu à un ancien voisin qui habitait la proche commune d’ Arcueil-Cachan, en face de l ‘école Henri Barbusse, un moniteur de patronage qui écrivait des pièces piriformes pour piano et de la musique destinée à encourager les jeunes sportifs spartiates (2).
Debout à côté du pianiste, Steve Arguëlles tapote un texto électroacoustique sur une tablette numérique. Probablement une demande d’autorisation d’exploitation tardive adressée au Duke, mais nous n’aurons aucune information à ce sujet.
Solo de contrebasse par Jean-Jacques Avenel.
Seuls les utilisateurs d’audioprothèses de la marque Cérumen peuvent prétendre que Jean-Jacques n’est pas un génie de la contrebasse (3), dans cette création très écrite, dans ses passions africaines (4) comme dans des situations plus libertaires ou dans d’autres auxquelles il participe avec moi.
Mais ne parlons pas de moi.
Steve Potts raconte que lorsqu’il jouait dans l’orchestre de Chico Hamilton, il a eu l’occasion d’assurer la première partie d’un concert de Duke Ellington. Je crois que c’était au Waldorf Astoria. Alors que personne n’était prévenu, qu’aucun service d’ordre ostentatoire ne laissait prévoir l’arrivée d’une personnalité “pipole”, lorsque la limousine de Duke s’est arrêtée devant le Waldorf, il y a eu un tel mouvement spontané vers lui que l’avenue a été complètement bloquée par la foule.
Comment ne pas être subjugué par un tel magnétisme, par cette attraction gourmande opérée par le personnage et sa musique encore aujourd’hui ?
Citation, évocation, adaptation, traduction, transgression, mais jamais trahison, Delbecq met en scène et en son l’écrit d’Ellington, les cris des Tony et d’Antonin. Détonant.
On croit parfois entendre la rémanence fugace du son d’un certain quartet augmenté de quelques souffleurs, celui d’un continuateur du Duke : Monk .
Mais ne parlons pas de moine.
Michel Edelin
(1) William Parker Double Quartet « Alphaville Suite » (Rogueart 0010)
(2) Les lecteurs pensant avoir deviné le nom de ce mono de colo peuvent envoyer leur réponse à :
Fabien Barontini. festival Sons d’hiver. Domaine Départemental Chérioux. 4 Route de Fontainebleau. 94407 Vitry sur Seine Cedex.
Parmi les réponses exactes, vingt seront tirées au sort et recevront deux invitations pour le concert de leur choix au prochain festival.
(3) « Génie de la contrebasse ».Termes employés par Steve Lacy à l’occasion d’une interview succédant à la retransmission d’un de ses concerts sur une chaîne allemande.
(4) « Waraba »( Songlines Recordings SA- 1549-2)




