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lun., 04 février 2019

Ambrose Akinmusire "Origami Harvest", 01/02, Le Kremlin-Bicêtre

"Plié, déplié, replié. Origami Harvest reste le parfait pendant au projet Heroes Are Gang Leaders. Les deux programmes sont des projets de bande, alimentés tant par par l’envie de remettre les pendules ricaines à l’heure noire que par le besoin de se réapproprier cette veille idée un peu floue qu’est le jazz. Mais, là, où HAGL avançait par friction spontanée et implosive, l’espace de Origami Harvest se construit d’abord par juxtaposition d’éléments à priori dissociés puis par la mise à l’épreuve des combinaisons possibles de ces mêmes éléments. Là où la paire Lewis/Ellis imposait un chahut volontairement foutraque, Ambrose Akinmusire trace ses plans d’une révolution noire d’une ligne claire, très claire. 8 musiciens, 3 répertoires pour un récit intimiste non exempt d’une certaine violence. Jazz, hip hop, quatuor classique. Ici, c’est le Mivos Quartet qui prend sur lui les assauts de violence, le hip hop va chercher, quant lui, le suave et l’enrobé. Le récit porté par KOKAYI — plus moelleux, plus soul que la version refroidie sur disque par le flow bétonné de Kool AD — s’impose comme chant lead tout azimut (tradition hip hop, toasts raggamuffin et pochades scattées compris) et la trompette d’Akinmusire, rompue à l’art rappé, s’élève sur le tout pour éclater l’espace de sa propre rythmique. Justin Brown à la batterie, compagnon d’Ambrose depuis le premier album du trompettiste (Prelude, Fresh Sound, 2008), est seul responsable de la rythmique. Les basses étant réparties entre le violoncelle et le synthétiseur Moog. Là encore c’est une histoire de moelleux et de tensions, presque une histoire de voix humaine.
Akinmusire peut alors partir explorer de spostes hors des sentiers cloutés par les caciques du jazz. Répétitifs américains — hello Steve Reich ! —, underground post-rock canadien (The Rachels). Ou encore tradition européenne début XXème du quatuor cordes. On aperçoit, ici ou là, Janáček passer la tête par la portière de ce puissant cortège étrange et fascinant où la fluidité magistrale de l’ensemble procède par tuilage, récurrences et ostinatos. Pas de tentation de jazz intello, pas plus que caution streetwear du flow venu corroder les tensions impeccables des archets.
Encore moins de phase expérimentale mièvre façon Third Stream pour sortir le jazz de ses libertés de sale gosse. Mais alors quoi ? Un battement. Le genre de petit truc, rageur mais très joyeux, imparable et hors système à vous rendre maboul un docteur. Ce n’est pas savant c’est malin. Et sensible. Et profond. Et vraiment vraiment pas mal."
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"Folded, unfolded, refolded. Origami Harvest remains a perfect counterpart to Heroes Are Gang Leaders. Both programs are band projects. Both are filled with the desire to set the American clock back to the black hour. By the need to reappropriate this fuzzy old idea of what jazz can be, too. But, where HAGL is moved by spontaneous and implosive friction, Origami Harvest's space is built first by juxtaposing almost dissociated elements and then by testing the possible combinations between these. Where the Lewis/Ellis pair was deliberately imposing a heckling, Ambrose Akinmusire drew his plans for a black revolution with a clear, very thin and clear line. 8 musicians, 3 repertoires for an intimate tale filled with somme kind of violence. Jazz, hip hop, classical. Here, it is the Mivos Quartet that takes on the violence. Hip hop will seek the sweetest things. KOKAYI's told story - softer, with more soul than the almost frozen version cooled on disc by Kool AD - stands out as a lead singer, including hip hop tradition, raggamuffin toasts and tiny pochades of scat. Akinmusire’s trumpet, well-versed in rapped tongues, rises on the whole and burst the space of his own rhythmic. Justin Brown on drums, Ambrose's companion since the trumpet player's first album (Prelude, Fresh Sound, 2008), is solely responsible for the rhythmic. The basses are divided between the cello and the Moog synthesizer. Here again, there’s something about softness and tension, maybe about human voice. 
Akinmusire can then explore off the trails some jazz paths. American repetitive - hello Steve Reich! - and canadian underground post-rock (The Rachels). Or even the 20th century’s European tradition of string quartets. Here and there, Janáček puts his head through the aperture of this powerful, strange and fascinating convoy. Then the masterful fluidity of the whole proceeds by overlapping, repeating and other ostinatos. No temptation of intellectual jazz, here. No streetwear guarantees versus the flawless tensions of the bows. No experimental phase as the Third Stream style to get jazz out of its brat’s freedom. So what can we hear, then? One beat. One tiny beat. The kind of tiny thing, raging but very cheerful, unstoppable and out of system. The one than can make a doctor crazy. That’s not wise, it's cleaver. And sensitive. And deep. And really really not bad. At all."
Guillaume MALVOISIN

 

 
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