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jeu., 07 février 2019

Collectif Coax / Peter Brötzmann, 06/02, Gentilly

Une carte blanche, c’est comme une nuit blanche. On avance sans savoir et le monde prend, pour quelques heures, des allures où se mêlent toujours un peu l’étrange et le familier. Celle-ci filée de la main à la main par Sons d’hiver au Coax Collectif s’inscrit dans cette lignée. Coax, qui se décrit comme une coopérative, rameute une paire d’inventeurs peu en reste sur la du savoir-faire autonome et de la confrontation. L’étrange et le familier, par la friction, donc.
Le générateur ouvre ses portes sur les appels bouddhistes bientôt rejoints dans leur danse par les mailloches intraitables de Lucie Antunes. Frappes sur peaux et rituel cuivré accumulent une inertie classe et poussent les percussions quasi-documentaire à coder le champ du solo à un groove méditatif qui flirte avec la transe electro au détour d’un stūpa...
On sait Lucie Antunes aussi à l’aise avec l’héritage répétitifs ricain qu’avec les frappes hip-pop de Moodoïd. Ce solo porte le mélange des genres encore ailleurs. Ça se construit comme ça se médite. C’est patient, c’est humble et furieusement serein.
Fantasia Nel Dessert. Joli nom pour une nuit blanche. Le duo électronique, mu à mains nues par Simon Henocq et Luca Ventimiglia, s’applique à la peupler de petits récits portés sur le brut du beat et la rupture d’imaginaire. C’est tout à fait parent de cette forme inventée par Antoine Volodine en littérature, les narrats. Là encore, ça force le familier à paraître étrange et ça vous laisse un goût âpre en tête avant que l’esprit ne puisse se remettre d’aplomb. Virtuose dans ses break et aguicheuse dans ses suraigus, cette fantaisie filtre, à loisir, dramaturgie de tiroir-caisse, petites fugues métalliques et climats lunaires. Performance drastique au symbolisme abstrait grand ouvert pour ce petit cinéma pour l’oreille éveillée. 
Dernier set, 3 des membres fondateurs de Coax, Julien Desprez, Antoine Viard et Yann Joussein invitent un forcené de l’expressionnisme germanique, Peter Brötzmann. Certains auraient pu attendre de la timidité retorse, d’une part, ou de la démonstration bonhomme, de l’autre. Tant pis pour ceux-là, ce set est transgénérationnel et l’énergie, même passée aux préoccupations du moment, reste la même et le souci de se faire entendre et d’inventer à plusieurs, intact. Deux courants historiques. Celui, tout jeune à l’échelle du monde, du collectif Coax. Celui, guère plus vieux à l’échelle de l’univers, du Free jazz européen portée ici par Peter Brötzmann. Ça travaille sur la faconde, sur l’unité et l’impact. Pas mal non plus comme devise gravée sur un fronton républicain. Guitare massive versus sax et clarinette façon finger-popping. Blues diagonal versus lyrisme disruptif. Et on boucle, par un détour DIY, avec les imprécations impératives étendues plus tôt chez Lucie Antunes.
Guillaume MALVOISIN

 
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