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ven., 08 février 2019

Tyshawn Sorey Trio / Sylvie Courvoisier & Mark Feldman, 07/02, Vincennes

Rien d’extraordinaire pour un musicien contemporain de se baigner avec la même nonchalance dans les eaux classiques comme dans celle de l’improvisée, de conjuguer les héritages américains et occidentaux. Histoire d’ouverture, de curiosité et de nécessité de répondre à la fringale créatrice. Les deux concerts donnés à Vincennes pour Sons d’hiver 2019 assouvissent cette petite trinité. Pour le Tyshawn Sorey trio, la curiosité semble n’avoir jamais été réellement en option et le duo composé par Sylvie Courvoisier et Mark Feldman pousse la fringale jusqu’à ses frontières les plus larges. Et pour ce qui est de la musique, jazz or not jazz ? Pas zouk, assurément. Pour faire (très) court, c’est jazz par l’interplay, la liberté résolue et l’écoute développée ; c’est savant par le pointillisme pointilleux et les jeux foisonnant sur l’enveloppe sonore.
Tyshawn Sorey aborde le problème par l’inépuisable question de la fin du bruit et du début de la musique. Au sein d’un set joué comme un long, lent et ample nocturne, le trio où s’ébrouent Cory Smythe (piano) et Chris Tordini (contrebasse) teste les limites subtiles et une définition perso du mot groove. Jusqu’à frôler quelque fois avec le bruitisme oldschool. Ça bataille avec la note jusqu’à ce qu’elle concède sa part à la structure d’ensemble. C’est proche des musiques atonales comme du courant minimal, c’est impressionnant par la construction pesée de l’espace sonore. C’est une traversée parfaite, lustrée, impeccable (et autres synonymes superlatifs).
Tout aussi parfaits, Sylvie Courvoisier et Mark Feldman. Le duo badine avec la musique de John Zorn extraite des près de 600 pièces qui composent The Bagatelles et du Masada Book II de John Zorn, new yorkais ultra-prolixe, musicien en quête d’héritage occidental, affres kletzmer compris. Tensions, frottements harmoniques, assauts incisifs, les miniatures provoquent le dialogue des interprètes, leur questionnement mutuel tout en faisant le lit des réponses qu’elle se niche dans les ornements populaires ou fait mine de pleurer sur les dramaticules ashkénazes. C’est ludique et incisif. C’est profond, dense sans être racoleur et obstiné dans sa rhétorique d’iconoclaste insomniaque. Hoo-ha !
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Nothing extraordinary for a current musician to swim with the same sweetness in classical waters as in improvised ones. Or to combine American and Western legacies. Nothing but mind openness, curiosity and the need to respond to the creative sparks. The two sets given in Vincennes satisfy this little trinity. For the Tyshawn Sorey trio, curiosity seems never to have been really optional and the duo Sylvie Courvoisier / Mark Feldman pushes sparks far away the widest borders. So, jazz or not jazz? In (very) short, it is jazz if you consider interplay, determined freedom and developed listening. It is classical if you look at this picky pointillism and plays on the sound envelope.
Tyshawn Sorey approaches this comparison with this unanswered question of the end of noise and the beginning of music. In a set played as a long, slow and ample nocturne, the trio set with Cory Smythe (piano) and Chris Tordini (double bass) tests the limits of nuances and a personal definition of groove. Even to the point of getting close to the old noise school. It fights with the note until it concedes its share of the overall structure. It is close to atonal music as well as minimal current, it is impressive by its perfect construction of the sound space.
Just as perfect, Sylvie Courvoisier and Mark Feldman. The duo banters with John Zorn's music extract from the nearly 600 pieces that compose The Bagatelles and Masada Book of John Zorn, an ultra-prolix New Yorker, a musician in search of a Western heritage, including kletzmer delicacies. With their tensions, harmonic frictions, sonic assaults, the miniatures provoke the dialogue of the performers, their mutual questioning while they engender the answers with popular ornaments or pretending cries over the beautiful Ashkenazi dramaticules. It's playful and incisive. It's deep, dense without being tinkering and deliciously stubborn in its insomniac iconoclastic’s rhetoric. Hoo-ha!
Guillaume MALVOISIN

 
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